Non content de s’en prendre aux populations civiles devant la presse, voilà que la Gendarmerie nationale s’en prend aux équipes de journalistes. Jusqu’où la dérive autoritaire va-t-elle aller ?

Il fut un temps où des militaires, sous prétexte de comprendre et d’agir pour le bien de la population, ont franchi la ligne rouge. Écoutes illégales, surveillance, pressions, assassinats et même censure. Au nom du bien commun, de la “bonne société”, des hommes en armes ont pris le pouvoir, ici et là dans le monde. Provoquant rébellions, guerres, meurtres de masse et terrorisme.

Aujourd’hui, l’on pourrait croire que ce temps est révolu. Que ce temps là n’a été qu’anecdotique dans l’histoire de notre monde. Que prendre de telles références n’est qu’une exagération digne d’une discussion de comptoir.

“Tout nouvel article contre la Gendarmerie ferait fermer le journal”

Pourtant, pas plus tard que ce vendredi, le directeur du Grand Lecteur a été arrêté arbitrairement et séquestré par la Gendarmerie nationale, en absence de toute décision judiciaire, ou bien même de chefs d’accusation. Ces mêmes hommes, ces militaires, qui disent à qui veut bien l’entendre qu’ils luttent pour la protection de la population Altos, pour préserver la démocratie face aux “hordes” terroristes et criminelles qui seraient à l’origine de tous nos maux.

Non seulement le directeur du Grand Lecteur a été séquestré, puisqu’il n’y a pas d’autres mots pour justifier cet acte criminel, mais une menace fort étonnante a été émise : tout nouvel article contre la Gendarmerie ferait fermer le journal.

Pour qui se prennent-ils ? Ces hommes qui doivent protéger les institutions et le peuple, mais qui n’hésitent pas à négocier avec des groupes criminels sans aucun contrôle de l’exécutif, qui n’hésitent pas à tuer ou à maltraiter, à amender ou à emprisonner sans aucune décision de justice.

Rappelons tout de même quelques affaires qui ont récemment entachés la Gendarmerie nationale : le général Jack O’Neil, de connivence avec le criminel surnommé Ninja, et dont on ne nous a jamais annoncé qu’il avait été démis de ses fonctions. Et ce même criminel, Ninja, mystérieusement abattu, sans qu’aucune enquête n’est jamais été déclenché. Même lorsqu’une mystérieuse vidéo fit état de gendarmes aux côtés de rebelles dans le cadre d’une exécution qui n’a rien de légal.

“Selon toute évidence, il semblerait que la Gendarmerie soit hors de contrôle”

Que fait la police des police ? Que fait l’État ? Selon toute évidence, il semblerait que la Gendarmerie soit hors de contrôle. Nul doute qu’un exécutif trop absent aura renforcé le sentiment d’impunité des gendarmes. Jusqu’à ce qu’ils en viennent à commettre des actes pénalement punissables. Et jusqu’à ce qu’ils en viennent à se mettre à dos le peuple.

Mais nous veillons, nous citoyens, nous journalistes. Nous n’accepterons aucune forme de pression, aucune menace, aucun acte illégal. Nous continuerons notre travail, enquêterons en totale indépendance et signaleront toujours les méfaits des uns et des autres. Et nous ne répondrons pas aux questions de la Gendarmerie en l’absence de documents judiciaires valable, et d’un avocat. Tout comme nous inciterons toujours nos lecteurs à faire de même. Car nous estimons que le droit doit être suivi à la lettre, et que personne n’est au dessus des lois, pas même les gendarmes.

Même si des militaires veulent museler la presse et la libre expression, valeur fondamentale de notre nation. D’autant plus quand ces mêmes individus, qui ne représentent plus rien de bon dans ce pays, qui n’ont plus aucune légitimité, n’osent même pas s’en prendre au rédacteur d’un article, mais à son dirigeant. Trop lâche pour affronter directement leur accusateur.

Messieurs les gendarmes, il est grand temps de vous reprendre. La Gendarmerie nationale doit protéger le peuple. En l’état, elle n’est plus légitime. Si les choses continuent dans ce sens, c’est le peuple qui vous jugera.

Signé Antonis Kotsonis, seul rédacteur des articles mis en cause par les militaires illégitimes.